Retour sur transe atlantique à l'horizon 2009
La première édition de transe atlantique s'est déroulée entre Pau et Bordeaux du 24 octobre au 8 novembre 2008. Ce festival itinérant d'arts numériques et d'arts sonores est né de la coalition du festival accès(s) à Pau et du Symposium Mix-Média de l'association Présence Capitale à Bordeaux. Deux associations, deux villes, autour d'un même projet. Le principe étant d'élargir l'espace du festival à l'échelle d'une région. transe atlantique annonce clairement la couleur : l'éclatement des lieux et la transversalité des projets crée une dynamique sur le modèle de la Toile. Cette nouvelle manifestation d'art contemporain ne ressemble à rien de connu. transe atlantique s'installe ici ou là en fonction de la nature du projet. Contrairement à la logique des Centres d'art contemporain, proche de celle des Scènes nationales, transe atlantique est fondé sur la mobilité et la transversalité. Tout est en mouvement, les lieux, les projets artistiques, les publics. Dans ce contexte de flexibilité et de rencontre, les arts contemporains se croisent naturellement. En créant transe atlantique avec André Lombardo, nous entendons sortir de la logique du festival (un lieu / un événement) au profit d'une logique de territoire (plusieurs lieux / plusieurs événements) et réaliser ainsi en Aquitaine une expérience innovante en contact étroit avec la réalité de nos cultures à l'ère du numérique.
La Région Aquitaine pourrait voir dans cette initiative une opportunité d'ouverture des arts contemporains à tous les publics sur l'ensemble du territoire aquitain. A Pau comme à Bordeaux, la présence d'élus du Conseil Régional, la présence remarquée de son président Alain Rousset au CAPC Musée d'art contemporain de Bordeaux lors de la soirée de concerts du 7 novembre 2008 sont des signes encourageants. La Ville de Pau, la Ville de Billère, la CDA Pau-Pyrénées et le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques ont manifesté non moins clairement leur engagement auprès d'accès(s) dans cette nouvelle aventure lors de la soirée d'ouverture de transe atlantique au théâtre Saragosse, le 24 octobre dernier.
Les trente performances programmées par accès(s) et accueillies à Pau par Espaces Pluriels, le Conservatoire de Musique et Danse et le Réseau des médiathèques de la CDA Pau-Pyrénées ont fait la part belle aux rencontres entre les artistes d'horizon et de génération différents. Le public était au rendez-vous, la Chapelle des Réparatrices était encore pleine au milieu de la nuit de samedi. Un restaurant-bus a permis aux festivaliers de rencontrer les artistes autour d'un repas, d'un lieu à l'autre. Dans le prolongement de cette manifestation, un livre-DVD devrait paraître courant 2009. La prochaine édition de transe atlantique est prévue en décembre 2009, entre Pau, Bordeaux, Bayonne-Anglet-Biarritz et le Nord de l'Espagne, en partenariat avec Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains (Tourcoing) qui fête ses dix ans de création à l'occasion d'une exposition au Grand Palais du 18 au 31 décembre 2008.
La première édition de transe atlantique (24 octobre-8 novembre 2008) a permis de dresser un panorama de la performance liée aux nouvelles technologies en intégrant l'héritage de la poésie action. Ce panorama non exhaustif réunissait trois ténors de la poésie action (Julien Blaine, Michel Giroud, Joël Hubaut), performeurs historiques encore très impliqués dans la création actuelle, entourés à Pau de quinze jeunes artistes venus de tous horizons (art numérique, vidéo, musique électronique, danse contemporaine, poésie sonore, body art, photographie). Les trente performances produites et réalisées spécifiquement pour ce festival constituent un champ d'expérimentation assez représentatif de l'histoire et de l'actualité de la poésie action, une poésie vivante animée par la puissance incantatrice du verbe, la liberté absolue de la parole et l'inspiration imprévisible du geste. Expériences difficiles et éprouvantes mais ô combien rafraîchissantes ! Il y a eu alors à Pau une créativité à la fois démiurgique et élémentaire. Une poésie née du geste et non du livre, souvenir électrique du chamanisme et des chants de la terre. Quand les arts numériques croisent ainsi le corps, les nouvelles technologies servent pleinement et sans artifice la création. Ce que l'on a pu voir à Pau était emblématique de la démarche absolue de l'artiste, d'hier comme d'aujourd'hui. La présence de la technologie n'étant pas une fin en soi mais un préalable, un moyen au service d'un projet totalement humain.
Je dois dire qu'à de nombreuses reprises l'émotion était à son comble. Inoubliable, la performance de Michel Giroud seul sur scène avec sa vieille trompette cabossée, faisant monter de l'intérieur un cri-sirène de bateau venant de si loin, souvenir indicible de la Shoah, comme il me l'a confié. Et puis la respiration haletante d'Hortense Gauthier, nue, tournant sur la scène du théâtre Saragosse, tandis que Julien Blaine déclamait un texte à réveiller les morts. Mais aussi la Chapelle des Réparatrices mise en vibration par le plasticien bordelais Nicolas Maigret, en résonance avec l'histoire du lieu. L'envolée de lettres sur grand écran (Philippe Boisnard), la superposition picturale de pages web mangées par les mots (Lucille Calmel), la danse énergique et drôle de David Wampach, ensorcelé par la baguette précise mais imprévisible de Jérôme Renault à la batterie. Et le cri désespéré de Joël Hubaut « je veux grimper au sommet des arbres », le corps écrasé au sol au milieu d'une forêt de ficus. La présence fantomatique de Léa Le Bricomte, le corps nu recouvert d'escargots, dans la chapelle baignée de lumière chaude transformant les mosaïques en véritable flamme de lumière. La beauté de cette chapelle récemment transformée en auditorium était à cet égard en harmonie avec l'intensité des performances. Le public a été invité à se déplacer, à venir dans le coeur ressentir la vibration que Nicolas Maigret créait en faisant tourner le son aux quatre coins de la chapelle.
La suite de la programmation, réalisée par Yvan Etienne sous la direction d'André Lombardo (ancien programmateur de Sigma dont le directeur et fondateur Roger Lafosse nous a fait l'honneur de sa présence) au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux, à l'invitation de Yann Chateigné, a été d'une exigence rare : expériences sonores des compositeurs Thomas Lhen, Markus Schmickler, Jason Kahn, Kasper T.Toeplitz, Thomas Ankersmit et Phil Niblock, tous issus de la musique savante et explorant les limites de l'instrument (ordinateur, synthétiseurs, guitare préparée) sans renoncer ni à l'écriture ni à l'improvisation. Ces performances sonores à tendance plastique, sonorisées par le SCRIME, ont connu un grand succès. Le CAPC a refusé beaucoup de monde et la presse a salué l'intensité de ces deux soirées programmées dans le cadre de Novart.
transe atlantique, événement itinérant et transmédia d'arts contemporains a trouvé un écho favorable dans la presse nationale. Evénement Télérama, plébiscité par Nova, France Culture, France 3, les revues Mouvement et MCD, il sera vraisemblablement réalisé en partenariat avec ces grands média en 2009. transe atlantique, encore jeune, entend rayonner en entreprenant un projet artistique plein de vie, généreux et intelligent.
Je remercie tout spécialement Charlotte Laubard, Michel Vincenot, Jean-Paul Oddos et Jean-Claude Zéronian pour leur accueil chaleureux.
Bien cordialement,
Nicolas Charlet
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